peut-on interférer dans la vie des autres sans y être invité ?

Publié le 16 Février 2016

peut-on interférer dans la vie des autres sans y être invité ?

Jean Matus (Don Juan) m’avait déjà mis face à ce dilemme : je ne
pouvais en aucune manière aider mes semblables. En
fait, dans sa vision des choses, tout effort de notre part

pour aider autrui était un acte arbitraire dirigé unique-

ment par notre intérêt personnel.


Un jour où j'étais en ville avec lui, j'avais ramassé un
escargot qui se trouvait au milieu du trottoir et je l’avais
déposé en sécurité sous des plantes grimpantes. J’étais
certain que si je l’avais laissé au milieu du trottoir, quel-
qu’un lui aurait marché dessus tôt ou tard. Je pensais
qu’en le mettant dans un endroit sûr, je l’avais sauvé.
Don Juan m'avait fait remarquer que ma supposition
était frivole, parce que je n'avais pas pris en considéra-
tion deux possibilités importantes. La première, c’était
que l'escargot était peut-être en train d'échapper à une
mort certaine, provoquée par un poison déposé sous les
feuilles des plantes. Et la seconde possibilité, c'était que
l’escargot avait assez de pouvoir personnel pour traver-
ser le trottoir. En intervenant, je n’avais pas sauvé l'es-
cargot, au contraire : je lui avais fait perdre ce qu'il
avait si péniblement gagné, sans plus.
Je voulus, bien sûr, remettre l’escargot où je l’avais
ramassé, mais il ne me laissa pas le faire. Il me dit que
c'était le destin de l’escargot d’avoir rencontré en tra-
vers de son chemin un imbécile qui lui avait fait perdre
son élan. Si je le laissais à l'endroit où je l'avais mis, il
serait peut-être encore capable de rassembler assez de
pouvoir pour aller où il était en train d’aller.


Je crus que j’avais compris son raisonnement. Mais
de toute évidence, je ne lui avais donné qu'un assenti-
ment superficiel. La chose la plus difficile pour moi,

c’était de laisser vivre les autres.

Castenada "le second anneau de pouvoir"

Rédigé par Agnès

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