extrait "le rendez-vous magique" interview de Taïsha Abelar

Publié le 24 Mai 2016

Les choses qui sont dans le livre, dans ce travail, sont des indications. Ils disent à tous que si vous faites ces choses, si vous pratiquez la récapitulation, si vous pratiquez le non-faire, si vous mettez en pratique l'abandon de votre histoire personnelle, si vous pratiquez la contemplation, votre point d'assemblage se déplacera et votre corps saura. Vous saurez, avec tout votre être, ce dont parlent les sorciers

Don Juan nous a donné l'accès, l'ouverture. Il appelait cela le centimètre cube de chance qui surgit. Et vous, ou bien... Et bien, soit vous êtes tellement captivé par vous-même que vous ne le voyez même pas, soit vous ne le saisissez pas à cause des raisons qui sont les vôtres : vous êtes trop rationnel ou trop savant, au sens où vous savez déjà tout et où vous avez un esprit fermé, disons. Ou bien vous le saisissez. Les personnes avec qui nous sommes, avec don Juan, nous saisissons ce quart de centimètre cube de chance. Et nous continuons à valider tout ce qui nous a été dit sur ce qu'est la sorcellerie et la potentialité d'être plus que ce qui vous a été alloué en tant qu'être né dans le monde, sur une certaine position.

JM : Si vous voulez juste conclure sur ce point, il y a des personnes dans la société qui critiquent Castaneda pour son travail et le discréditent en disant que cela fait la promotion de l'usage et de l'abus des drogues. Font-ils juste la démonstration de leur ignorance en ce qui concerne le contexte du chemin de la connaissance de Castaneda ?

TA : Ce qu'ils ont fait c'est qu'ils ont lu un peu vite les livres ou ils n'ont peut-être même pas lu du tout certains des livres. Peut-être n'ont-ils même pas lu les livres du tout, peut-être juste les deux premiers livres et ils se sont arrêtés là, parce que les deux premiers livres, comme je l'ai dit, traitent seulement de la tradition des plantes psychotropiques. Mais avant de dire quoi que ce soit, ils devraient absolument lire tous les livres et voir quel en est le contexte.

Ils parlent aussi depuis le point de vue de la vie de tous les jours, de cette position depuis laquelle, bien sûr, les drogues sont mauvaises. Je ne pense pas qu'il y ait réellement ici un désaccord en ce qui concerne l'usage des drogues.

En ce qui nous concerne, je veux dire Carlos Castaneda et quiconque pratiquant la sorcellerie, nous menons des vies absolument pures. Et nous sommes très attentifs à ce que nous mangeons car tout ce qui affecte le corps d'énergie diminue les chances de sobriété, de contrôle. Si cela affecte le corps d'énergie de façon destructrice, alors on manquera de contrôle dans ce que les sorciers appellent la traque, la capacité de traquer.

Traquer c'est vraiment la capacité d'adopter une nouvelle position du point d'assemblage. Ou encore, ça n'a pas besoin d'être une position différente, ça peut être celle sur laquelle on se trouve, et alors c'est explorer ses ramifications. Mais pour ça vous avez besoin d'énergie. Vous avez besoin d'énergie pour observer ce qu'est la réalité. Sans ça on avance à l'aveuglette et on laisse les choses nous arriver. On est à la merci de la modalité de l'époque, qui est ce que don Juan appelait le point particulier où nos point d'assemblage se situent tous

Nous tous avons réellement deux positions du point d'assemblage : la première, c'est celle qui nous est donnée, celle de nos parents, celle sur laquelle nous sommes nés, celle qui rend elle-même manifeste cette réalité particulière, lui garde sa continuité, et est la force qui nous fait accepter cette réalité comme étant la seule et l'unique.

Mais nous avons tous un corps d'énergie, comme sur une position fantôme. Les sorciers l'appellent le double. C'est une autre position qu'en quelque sorte nous activons dans les rêves, intuitivement. Nous avons tous le sentiment qu'il existe quelque chose d'autre, là, mais nous n'avons pas l'énergie de le saisir. Ou bien nous sentons que nous pourrions être différent, ou plus cohérent, plus clair, plus vivant. Et nous ne pouvons pas. Nous ne le pouvons pas à cause du poids de la société, de notre travail, des soucis de la vie de tous les jours, de nos inquiétudes à propos de nous-mêmes, de "qu'est ce qu'il va m'arriver". "Moi", "moi-même" et "Je" sont nos préoccupations premières. Nous n'avons pas d'énergie pour autre chose.

Mais don Juan dit oui. Et les sorciers, pas seulement don Juan. Il y a une autre position que nous pouvons tous adopter, et nous devrions l'activer. Nous devrions l'utiliser comme contrepoids et c'est ce qui va nous donner l'énergie de ne pas nous faire emporter par la vie de tous les jours. Cela nous donnerait, cela nous permettrait d'avoir une petite perche, une petite plate-forme, en dehors du bourbier disons, sur laquelle nous serions, et qui nous permettrait de voir depuis une perspective différente.

Quelle est cette autre perspective ? C'est une autre position du point d'assemblage, en dehors. Et comment est-ce qu'on y accède ? Comment la consolide-t-on ? Car c'est ce que les sorciers veulent faire. Ils veulent être capable de percevoir plus. C'est une question de perception. Ils veulent percevoir plus que ce qui est permis ou autorisé du point de vue de notre réalité quotidienne.

Notre réalité dit "non, les arbres sont des arbres, la maison est là, vous savez qu'il y a un océan". Nous avons un système établi d'enveloppes, d'interprétations, et elles sont comme rigidifiées. Elles ne sont pas flexibles. L'apprentissage des sorciers permet à l'esprit, au corps, d'acquérir la flexibilité de... Les drogues ou les plantes psychotropiques déplacent aussi le point d'assemblage. Puis celui-ci revient directement où il était et vous vous retrouvez encore plus coincé qu'avant, parce que vous êtes énergétiquement affaibli. Vous avez blessé votre corps. Vous avez perdu le sens du contrôle, de la maîtrise. Et vous continuez à renforcez ça, et vous ne serez vraiment plus capable d'activer ce corps d'énergie. Vous le détruisez, en fait.

Donc l'autre méthode d'apprentissage, la récapitulation, est une des méthodes clés. Et nous la faisons tous, nous tous qui suivons cet entraînement de sorcellerie. Nous pratiquons. Nous faisons de la récapitulation. Carlos Castaneda récapitule constamment, constamment. Nous le faisons tous.

Ce que c'est, c'est que vous... Pratiquement, il y a deux couches. Du coté pragmatique, ce que c'est, c'est que vous faites une liste de tous les gens que vous avez connu dans votre vie. Vous vous asseyez et visualisez depuis le présent, en remontant dans le temps, toutes les expériences qui constituent votre vie, le souvenir de ce que vous avez été, de ce qui a constitué la personne que vous êtes maintenant.

Et cela, bien sûr, inclut les interactions avec votre famille, avec vos amis. Tout ceci est intrinsèquement lié à ce qui vous constitue parce que vous êtes sous le coup de cette intersubjectivité. Vous ne vivez pas sous vide, et les sorciers non plus. Votre point d'assemblage et votre énergie sont constamment bombardés par ce que les autres vous disent. Et vous y répondez. Donc il y a cette interaction.

Ce que fait la récapitulation, c'est vous permettre de regarder ça et d'extraire votre énergie du souvenir de votre moi, de vos actions passées. Donc vous fermez les yeux et vous visualisez vos agissements, de manière très systématique. Vous avez votre liste et vous travaillez en remontant le temps et vous utilisez la respiration, car la respiration est une méthode très subtile d'inhalation. Vous ramenez l'énergie, vous visualisez. Vous commencez sur votre...

Je vais décrire ça très précisément maintenant, bien que cela soit décrit dans "Le Passage des Sorciers". Commencez à partir de votre épaule droite. Vous avez votre scène visualisée, et vous inspirez en déplaçant la tête vers votre épaule gauche. Et ensuite vous expirez tout ce qui vous est étranger, tout ce qu'ils ont déversé sur vous verbalement, physiquement, et que vous ne voulez plus, parce que tout est du passé de toute façon. Vous l’expulsez. Vous l'expirez. Vous le renvoyez pendant que vous déplacez votre tête vers votre épaule droite. Et ensuite vous ramenez votre tête au centre. Et vous continuez à balayer les scènes dans votre mémoire, et vous nettoyez.

Ce que vous faites, c'est de ramener l'énergie qui est piégée là pour pouvoir l'utiliser dans le présent. Et où ça vous mène ? Bien sûr vous devez être très attentif à ne pas l'utiliser pour renforcer le moi, mais à l'utiliser pour construire votre corps d'énergie, pour être capable d'acquérir ce supplément d'énergie afin que vous puissiez voir ce qu'est la vie, examiner ce que vous êtes en train de faire. Vous gagnez ainsi un certain contrôle sur votre existence.

La récapitulation, au sens abstrait, parce que les sorciers sont très abstraits en fait. C'est si abstrait qu'à ce stade nos corps ne sont réellement qu'une idée. Nous ne sommes plus sur la position du point d'assemblage de la matérialité du monde qui veut que nous ayons un corps physique, que le banc soit ici, que l'arbre soit là. Non. Nous nous sommes interrogés sur tout ça et nous avons vu, à travers la récapitulation, que ces choses sont seulement une question d'accord, de consensus. On nous a dit cela et nos corps ont répondu d'eux-mêmes à l'accord selon lequel nous n'avons pas le choix, car nous sommes né dedans.

Donc à un niveau abstrait, ce que fait la récapitulation c'est de construire autre chose, une petite plate-forme pour que vous puissiez vous y retirer progressivement, car pendant que vous vous remémorez le passé, votre passé énergétique, et que vous travaillez en remontant dans le passé, vous travaillez à deux endroit en même temps. Vous vous déplacez depuis ici, depuis votre corps énergétique, vers ça : les souvenirs de votre propre matérialité, ce qui constituait votre monde. Et vous pouvez observez vos modèles se répéter eux-mêmes. Vous pouvez entendre ce que vos parents vous ont dit, et vous voyez.

D'un seul coup vous voyez. Mais c'est qui, qui voit ? Ce n'est pas « vous-dans-le-monde », mais c'est cet autre être, le voyant. Don Juan l'appelait "le voyant en vous qui se réveille". Vous êtes en train d'activer cette position fantôme du point d'assemblage, que nous avons tous, mais vous la rendez plus forte. Vous l'utilisez pour la première fois. Au sein de votre culture il ne nous est pas permis de l'utiliser. Nous n'avons même pas connaissance qu'elle est là.

Tout nous accapare entièrement, à cause de la modalité de notre époque. Réellement tout est consommé dans nos besoins et nos désirs immédiats, et nous n'avons pas même le choix dans ce domaine. Cette autre position en vient à s'activer, se renforce, et vous êtes alors en mesure de vraiment vous interroger, et de briser les barrières de la perception qui ont été établies par les préoccupations de la vie quotidienne.

Cette position du point d'assemblage limite en grande partie ce que nous pouvons faire à partir de là. Nous ne pouvons pas passer à travers le mur, en d'autres termes parce qu'il est solide. Nous savons qu'il est là. Mais par le biais de la contemplation, et c'est ce que je faisais dans les arbres... Disons qu'une partie de l'entraînement consiste en des techniques de contemplation, parce que contempler est un moyen très simple, en fait tout le monde peut le faire, c'est un moyen fondamental de réaliser la validité de ce dont je suis en train de parler.

Voyez plutôt : tout ce que vous devez faire est de regarder un arbre, une plante. Vous commencez à contempler les feuilles et assez rapidement tout passe en deux dimensions. C'est Nous qui garnissons la face arrière, nous ne la voyons pas. L'intentionnalité dit qu'une feuille possède une face avant et une face arrière et qu'elle possède de petites veinures à l'intérieur. Les botanistes possèdent de très très nombreux niveaux de connaissance complexe sur les arbres et les plantes, que nous pouvons ne pas avoir, mais il y a des niveaux bien définis de connaissance de certaines choses sur lesquelles nous pouvons avoir un accord. Et lorsque vous commencez à contempler des arbres ou des feuilles ou du gravier ou quoi que ce soit, vous voyez seulement ce qui est donné à votre corps d'énergie : l'immédiateté. Là vous voyez réellement. C'est ça, ce que vous voyez. C'est pourquoi les sorciers appellent cela "voir", parce que c'est comme ça quand vous voyez vraiment. Vous placez votre corps d'énergie à la disposition de l'énergie qui émane de ce qui est là devant vous, et vous harmonisez de manière différente, de sorte que vous voyez l'énergie. Donc vous regardez un arbre ou vous le contemplez et tout d'un coup vous réalisez que non, ce n'est pas un fait accompli, ce n'est pas solide, ça bouge. Il n'a pas de face arrière, à la manière dont nous y pensons. Ou bien des racines. Nous ne voyons pas ça. Nous voyons des tournoiements de lumière. Tout d'un coup ces feuilles se mettent à briller doucement et vous voyez des tournoiements d'énergie et vous vous dites "oh, c'est ça un arbre !"

Je n'en avais aucune idée jusqu'à ce que je commence à expérimenter quelques unes de ces techniques, en m'amusant avec. Et si vous essayez, vous direz aussi "oh, il y a bien plus pour un arbre que le vernis". Vraiment un arbre est énergétiquement vivant, tout comme nous aussi nous sommes énergétiquement vivants. Et nous pouvons faire infiniment plus de choses qu'on ne nous l'a raconté, ou qu'on nous a dit être capable de faire avec notre corps physique.

Contempler nous permet d'engager notre être énergétique, une position différente du point d'assemblage, et cette position fantôme se renforce de plus en plus. Et alors nous voyons les arbres bouger. Tout d'un coup nous pouvons les déplacer en focalisant notre énergie sur eux, et ils ne sont plus enraciné en un point particulier. Les sorciers disent qu'un bosquet d'arbres tout entier peut soudainement se retrouver ailleurs.

Maintenant, ceci est à nouveau un conte d'énergie, mais en fait on a "vu", car lorsque le monde devient fluide, rien n'est plus enraciné, rien n'est plus définitif, rien n'est plus un fait accompli. C'est en mouvement permanent et c'est comme ça qu'est le monde. C'est comme ça qu'est la réalité. C'est nous qui la rendons limitée, solide, factuelle. Nous lui imposons ses limitations. Mais il n'y a pas de raison. Développer nos capacités en tant qu'être sensible, et utiliser d'autres aspects dont nous n'avons pas même conscience, c'est possible. Alors on utilise ou on voit le monde dans des termes différents.

Rédigé par Agnès

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