l'attention seconde

Publié le 11 Janvier 2017

 

Le Nagual m’a dit que les êtres humains sont des créatures
fragiles, composées de nombreuses couches de lumino-
sité. Quand vous les voyez, ils semblent avoir des fibres,
mais ces fibres sont en réalité des couches, comme un
oignon. Les chocs, de n’importe quel genre, séparent
ces couches et peuvent même provoquer la mort de cer-
tains êtres.
Elle se leva et me ramena dans la cuisine. Nous nous
assîmes face à face. Lidia, Rosa et Josefina s’affairaient
dans la cour. Je ne pouvais pas les voir, mais je les
entendais parler et rire.
– Le Nagual disait que nous mourons parce que nos
couches se libèrent et ne peuvent plus se remettre
ensemble.
– Vous avez déjà vu ces couches, Gorda ?
– Bien sûr. J'ai vu un homme mourir dans la rue. Le
Nagual m’a dit que vous aviez rencontré vous aussi un
homme en train de mourir, mais que vous n’aviez pas
vu sa mort. Le Nagual m’a fait voir les couches du mou-
rant. Elles étaient comme les pelures d'un oignon.
Quand les êtres humains sont en bonne santé, ils sont
comme des œufs lumineux, mais s’ils sont blessés, ils se
mettent à peler, comme un oignon.
« Le Nagual m’a dit que votre attention seconde était
parfois si forte qu’elle poussait tout vers le dehors. Il fal-
lait qu'avec Genaro, il maintienne vos couches ensemble ;
sinon vous seriez mort. C'est pour ça qu'il avait estimé
que vous auriez assez d’énergie pour faire sortir de vous
votre nagual deux fois. Il voulait dire que vous pourriez
maintenir vos couches ensemble deux fois par vous-
même. Vous l'avez fait plus souvent que ça, et mainte-
nant vous en avez fini : vous n’avez plus assez d’énergie
pour maintenir vos couches ensemble au cas où survien-
drait un autre choc. Le Nagual m’avait chargée de
prendre soin de tout le monde ; dans votre cas, il fallait
que je vous aide à consolider vos couches. Il m’a expli-
qué que le centre de notre luminosité, qui est l’attention
du nagual, est toujours en train de pousser vers l’exté-
rieur, et c’est ça qui libère les couches. Alors la mort a
beau jeu de se glisser entre elles et de les séparer com-
plètement. Les sorciers doivent faire de leur mieux pour
conserver leurs couches fermées.

C’est pour ça que le Nagual nous a enseigné à rêver. Rêver consolide les couches. Quand un sorcier apprend à rêver, il relie l'une à l'autre ses deux attentions, et ce centre n’a plus à pous-
ser vers l'extérieur.

– Vous voulez dire qu’un sorcier ne meurt pas ?
– C'est exact. Un sorcier ne meurt pas.
– Vous voulez dire qu’aucun de nous ne va mourir ?
– Je ne parlais pas de nous. Nous ne sommes rien.
Nous sommes des espèces de phénomènes, ni ici ni là.
Je voulais dire les sorciers. Le Nagual et Genaro sont
des sorciers. Leurs deux attentions sont si étroitement
ensemble que peut-être ne mourront-ils jamais.
– Est-ce que c’est le Nagual qui a dit ça, Gorda ?
– Oui. Lui et Genaro, tous les deux m’ont dit ça. Peu
de temps avant leur départ, le Nagual nous a expliqué le
pouvoir d'attention. Jamais auparavant je n’avais su
quoi que ce soit du tonal et du nagual.
La Gorda raconta la façon dont don Juan leur avait
enseigné cette dichotomie capitale tonal-nagual. Elle dit
qu’un jour le Nagual les avait tous réunis pour les emme-
ner faire une longue marche jusqu'à une vallée désolée,

348 Le second anneau de pouvoir

Rédigé par Agnès

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