Acquérir le détachement - page 195 VOIR

Publié le 4 Mars 2017

« L’homme qui s’avance sur le chemin de la sorcelle-
rie doit à tout moment faire face à une imminente
annihilation et inévitablement il acquiert une cons-
cience aiguë de sa mort. Sans la conscience de la mort,
il ne serait qu’un homme ordinaire impliqué dans des
actes ordinaires. Il n'aurait pas la puissance et la con-
centration indispensables pour transformer son temps
ordinaire sur terre en pouvoir magique.
« Ainsi, pour être un guerrier, un homme doit avoir,
en tout premier lieu et de manière vraiment authenti-
que, une conscience aiguë de sa propre mort. Mais se
soucier en permanence de la mort contraindrait norma-
lement tout homme à se concentrer sur soi, et cela
serait débilitant. Donc la seconde chose dont on a
besoin pour être un guerrier est le détachement. L'idée
de la mort imminente, au lieu de tourner à l'obsession,
devient indifférence. »
Don Juan cessa de parler, puis me regarda. Il parais-
sait attendre un commentaire de ma part.
« Est-ce que tu comprends ? » demanda-t-il.
Je comprenais ce qu’il m’avait dit, mais je ne voyais
pas comment on pouvait arriver à un sens de détache-
ment vis-à-vis de la mort. Je lui dis que du point de vue
de mon propre apprentissage j’avais déjà connu le
moment où la connaissance devient une affaire
effrayante. Je pouvais également affirmer que les don-
nées ordinaires de ma vie quotidienne ne m'étaient plus
d'aucun secours, et je désirais, et beaucoup mieux que
désirer, j'avais besoin de vivre comme un guerrier.
« Maintenant tu dois te détacher, dit-il.
– De quoi ?
– Détache-toi de tout.
– C'est impossible. Je ne veux pas devenir un er-
mite.
– Etre un ermite c'est aussi une indulgence envers soi
et jamais je n’ai voulu dire cela. Un ermite n'est pas détaché, car il s’abandonne volontairement pour deve-
nir ermite.
« Seule l’idée de la mort détache suffisamment
l'homme au point de le rendre incapable de s'abandon-
ner à quoi que ce soit, Seule l'idée de la mort détache
suffisamment l’homme au point qu'il ne peut plus
considérer qu'il se prive de quelque chose. Un homme
de cette sorte ne désire, malgré tout, absolument rien,
car il a acquis un appétit silencieux pour la vie et toutes
les choses de la vie. Il sait que sa mort le traque, qu'elle
ne lui laissera pas le temps de se cramponner à quoi
que ce soit; donc, sans en ressentir un désir obsédant, il
essaie la totalité de toute chose.
« Un homme détaché, homme qui sait qu’il n’a pas la
possibilité d’éviter sa mort, n’a qu'une seule chose sur
laquelle il puisse s’appuyer : le pouvoir de ses décisions.
Il doit être, pour ainsi dire, le maître de ses choix. Il doit
clairement comprendre que son choix dépend de lui
seul et qu'une fois fait il n’y a plus de temps pour des
regrets ou des lamentations. Ses décisions sont irrévo-
cables simplement parce que la mort ne lui laisse pas le
temps de se cramponner à quoi que ce soit.
« Et alors, conscient de sa mort, grâce à son détache-
ment, et avec le pouvoir de ses décisions, un guerrier
fixe sa vie stratégiquement. La connaissance de sa mort
le guide, le rend détaché et silencieusement robuste. Le
pouvoir de ses décisions le rend capable de choisir sans
regrets, et du point de vue stratégique son choix est
toujours le meilleur. Ainsi il accomplit tout ce qu'il doit
faire avec plaisir et avec une compétence sûre.
« Quand un homme se conduit de cette façon on peut
réellement dire que c’est un guerrier, et qu'il a acquis la
patience ! »

Rédigé par Agnès

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