LA FONCTION DES YEUX - page 347 Le Don de l'Aigle

Publié le 10 Mai 2017

Zuleïca dut voir ce qui m’arrivait, car elle se mit soudain à expliquer que l’attention seconde appartient au corps physique. Le point où, me dit-elle, l’attention seconde se rassemble, se situait à l’endroit que Juan Tuma m’avait décrit, lors de notre première rencontre, à environ quarante-cinq centimètres en face du point médian du corps entre l’estomac et le nombril, et à dix centimètres vers la droite.
Zuleïca m’ordonna de masser cet endroit, de le manipuler en faisant glisser les doigts de mes deux mains sur ce point, comme si je jouais de la harpe. Elle m’affirma que, tôt ou tard, je finirais par sentir que mes doigts traversaient quelque chose d’épais comme de l’eau, et je sentirais enfin ma coquille lumineuse.

ensuite page 424

Silvio Manuel sourit, conscient de mon dilemme. Il me dit qu’il fallait une force énorme pour abandonner l’intention du premier anneau de pouvoir. Le secret qu’il venait de me révéler était la manière d’accélérer l’abandon de cette intention. Pour pouvoir faire ce qu’il avait fait, il fallait placer son attention sur la coquille lumineuse.
Il se transforma de nouveau en œuf lumineux, puis ce que je savais depuis le début devint évident pour moi. Les yeux de Silvio Manuel se détournèrent pendant un instant pour se concentrer sur un point de l’attention seconde. Sa tête resta rigide, comme s’il regardait droit devant lui, seuls ses yeux étaient de côté. Il me dit qu’un guerrier devait évoquer l’intention. Le secret, c’est le regard. Les yeux font signe à l’intention.
A ce moment-là, je fus pris d’euphorie. J’étais enfin capable de penser à une chose que je savais sans la connaître vraiment : la raison pour laquelle voir semble visuel, c’est que nous avons besoin des yeux pour nous concentrer sur l’intention. Don Juan et son clan de guerriers savaient utiliser leurs yeux pour saisir un autre aspect de l’intention, ils appelaient cet acte voir. Voir dépend des yeux en ce sens que les yeux permettent d’attirer l’intention. En fait Silvio Manuel venait de me montrer la véritable fonction des yeux, qui se saisissent de l’intention.
Aussitôt, je me servis consciemment de mes yeux pour appeler l’intention. Je les mis au point sur le siège de l’attention seconde. Don Juan, ses guerriers, doña Soledad et Eligio furent, tout à coup, des œufs lumineux, mais non la Gorda, ni les trois petites sœurs, ni les Genaros. Je continuai de déplacer mes yeux d’arrière en avant entre les taches de lumière et les gens, jusqu’à ce que j’entende un craquement à la base de mon cou : tout le monde dans la pièce devint alors un oeuf lumineux. Pendant un instant, j’eus l’impression que je ne pouvais pas les distinguer les uns des autres, mais ensuite mes yeux paru rent se mettre au point, et je conservai deux aspects de l’intention – deux images en même temps. Je pouvais voir à la fois leur corps physique et leur luminosité. Les deux scènes n’étaient pas superposées mais séparées, sans que je puisse imaginer comment. J’avais, en fait, deux moyens de vision ; et voir, tout en étant complètement lié à mes yeux, demeurait cependant indépendant d’eux, Quand je fermais les yeux, je pouvais encore voir les œufs lumineux, mais non leurs corps physiques.
Pendant un instant, j’eus la sensation très nette que je savais comment faire basculer mon attention sur ma luminosité. Je sus également que pour revenir en arrière, au niveau physique, il me suffisait de faire la mise au point de mes yeux sur mon corps.

LA FONCTION DES YEUX - page 347 Le Don de l'Aigle

Rédigé par Agnès

Repost 0
Commenter cet article