le point d'assemblage - page 180 - le feu du dedans - déplacement par l'intérieur

Publié le 1 Juin 2017

un peu long mais passionnant
 

“ Le coup du nagual est d’une grande impor-
tance, poursuivit-il, parce qu’il déplace ce point. Il
modifie sa localisation. Il provoque même parfois
une crevasse permanente à cet endroit. Le point
d’assemblage se trouve totalement délogé et la
conscience change considérablement.

Mais ce qui est encore plus important c’est de bien com-
prendre les vérités relatives à la conscience afin de
se rendre compte que l’on peut déplacer ce point
de l’intérieur.

La triste vérité est que les êtres
humains perdent toujours par défaut. Ils ne
connaissent tout simplement pas leurs possibilités.

– Comment peut-on réaliser ce changement
de l’intérieur ? demandai-je.

– Les nouveaux voyants disent que la tech-
nique réside dans la prise de conscience, affirma-
t-il. Ils disent que l’on doit avant tout prendre
conscience du fait que le monde que nous perce-
vons résulte de la localisation de nos points d’as-
semblage sur le cocon, à un endroit spécifique.

Une fois cela compris, les points d’assemblage
peuvent être déplacés presque à volonté, ce qui
est la conséquence de nouvelles habitudes.

Je ne comprenais pas très bien ce qu’il enten-
dait par habitudes. Je lui demandai de préciser
son propos.

“ Le point d’assemblage de l’homme apparaît
sur une partie définie du cocon de par le com-
mandement de l’Aigle, dit-il. Mais l’endroit précis
est déterminé par l’habitude, par des actes qui se
répètent.

Nous apprenons d’abord qu’il peut être
placé à cet endroit, puis nous-mêmes lui comman-
dons d’y être. Notre commandement devient le
commandement de l’Aigle et ce point est fixé à cet
endroit. Réfléchis très attentivement à ceci ; notre
commandement devient le commandement de
l’Aigle.

Cette découverte coûta cher aux anciens
voyants. Nous reviendrons là-dessus plus tard. ”
Il déclara à nouveau que les anciens voyants
s’étaient concentrés exclusivement sur l’élabora-
tion de milliers de techniques de sorcellerie extrê-
mement complexes. Il ajouta qu’ils n’avaient jamais
compris que leurs formules compliquées, si bizarres
qu’elles eussent été, n’avaient aucune autre valeur
que celle d’être le moyen de rompre la fixation de
leurs points d’assemblage et de déplacer ceux-ci.
Je lui demandai de m’expliquer ce qu’il avait dit.

“ J’ai évoqué devant toi le fait que la sorcellerie
ressemble à une impasse, répondit-il. J’entendais
par là que les pratiques de sorcellerie n’ont pas
de valeur intrinsèque. Elles ont une valeur indi-
recte, car leur véritable fonction est de déplacer
le point d’assemblage en poussant la première
attention à relâcher son contrôle sur ce point.

“ Les nouveaux voyants se rendirent compte du
véritable rôle que jouaient ces pratiques de sorcel-
lerie et décidèrent de se lancer directement dans
le processus consistant à déplacer leur point d’as-
semblage, en évitant toute l’absurdité des rituels et
des incantations. Pourtant les rituels et les incanta-
tions sont vraiment nécessaires une fois dans la vie
de chaque guerrier. Je t’ai personnellement initié
à toutes sortes de procédés de sorcellerie, mais uni-
quement dans le but d’éloigner par la ruse ta pre-
mière attention du pouvoir de la préoccupation
de soi-même, qui maintient ton point d’assem-
blage rigidement fixé. ”

Il ajouta que l’enchaînement obsessionnel de
la première attention à la préoccupation de soi-
même, ou raison, constitue une puissante force
'de contrainte et que le comportement rituel,
parce qu’il est répétitif, oblige la première atten-
tion à libérer, de l’observation de l’inventaire,
une certaine quantité d’énergie, à la suite de quoi
le point d’assemblage perd sa rigidité.

“ Qu’arrive-t-il aux personnes dont le point
d'assemblage perd de sa rigidité ? demandai-je.

– S’il ne s’agit pas de guerriers, elles pensent
qu’elles sont en train de perdre la tête, dit-il en sou-
riant. Tout comme tu as cru, une fois, que tu deve-
nais fou. S’il s’agit de guerriers, ils savent qu’ils sont
devenus fous, mais ils attendent patiemment. Vois-
tu, quand on est en bonne santé et sain d’esprit,
cela signifie que le point d’assemblage est fixe.
Quand il se déplace, cela signifie que l’on est litté-
ralement détraqué. ”

Il me dit que les guerriers dont le point d’as-
semblage s’est déplacé peuvent choisir entre deux
options. La première consiste à reconnaître qu’on
est malade et à se comporter comme des détra-
qués, en réagissant émotivement aux mondes
étranges que les déplacements du point d’assem-
blage amènent à contempler ; l’autre consiste à
rester impassible, indifférent, en sachant que le
point d’assemblage revient toujours à sa position
d’origine.

“ Que se passe-t-il si le point d’assemblage ne
revient pas à sa position d’origine ? demandai-je.

– Dans ce cas, les gens sont perdus, dit-il. Ils
sont incurablement fous, parce que leur point
d’assemblage ne peut plus assembler le monde tel
que nous le connaissons, ou bien ce sont des
voyants hors de pair qui ont amorcé le mouvement
qui les conduit vers l’inconnu.

– Qu’est-ce qui détermine l’un ou l’autre de
ces comportements ?

– L’énergie ! L’impeccabilité ! Les guerriers
impeccables restent de marbre. Ils demeurent
insensibles. Je t’ai souvent dit que les guerriers
peuvent voir des mondes effroyables et être, tout
de suite après, en train de raconter une blague, de
rire avec leurs amis ou avec des étrangers. ”

Rédigé par Agnès

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