Page 194 - l'Art de Rêver - l'aide des inorganiques

Publié le 17 Juillet 2017

« Ce qui nous conduit maintenant à l’autre ques 
tion, dit don Juan d’un air pensif. Pourquoi tes
amis les êtres inorganiques ne sont ils pas venus à
ton aide ?

– Pourquoi dites vous, mes amis, don Juan ?

– Ils sont comme ces amis habituels qui ne sont
pas vraiment attentionnés ou gentils avec nous,
mais qui ne sont pas méchants non plus. Ces amis
qui attendent qu’on leur tourne le dos pour y plan 
ter leur poignard. »

Je le comprenais et acquiesçai à cent pour cent.
« Qu’est ce qui me pousse à y aller ? Est ce une
tendance suicidaire ? demandai je, avec un ton
d’éloquence peu convaincant.

– Tu n’as pas la moindre tendance suicidaire. Ce
que tu as est cette incrédulité totale du fait que tu
sois passé à un cheveu de la mort. Parce que tu
n’éprouvais pas de douleur physique, tu n’arrives
pas à te convaincre que tu as été en danger de
mort. »

Son argumentation me semblait raisonnable,
excepté que j’étais persuadé que depuis ce combat
avec les êtres inorganiques une peur profonde,
mais inconnue, avait régi ma vie. Pendant que je
lui décrivais mon embarrassante situation, don
Juan m’écouta en silence. Malgré tout ce que je
savais, je ne pouvais ni abandonner ni expliquer
ma forte envie d’aller dans le monde des êtres
inorganiques

« Je passe par une phase de démence, concluai je.
Ce que je fais n’a pas le moindre sens.

– Bien sûr que cela a un sens. Les êtres inorga 
niques te moulinent toujours, tu es comme un pois 
son pris à l’hameçon, dit il. De temps à autre, ils te
jettent un appât sans intérêt, juste pour t’inciter à
avancer. S’arranger pour fixer immuablement tes
rêves tous les quatre jours est un appât sans valeur.
Mais en tout cas, ils ne t’ont pas appris à déplacer
ton corps d’énergie.

– Et pourquoi donc, à votre avis ?

– Parce que dès l’instant où ton corps d’énergie
apprendra à se déplacer par lui même, tu seras
vraiment hors de leur portée. Il était prématuré de
ma part de croire que tu étais libre de leur
influence. Tu es presque libre, mais pas complète 
ment. Ils continuent à porter leurs enchères sur ta
conscience. »

Un frisson me parcourut le dos. Il venait de tou 
cher un point douloureux.

« Don Juan, dites moi ce que je dois faire, et je
le ferai.

– Sois impeccable. Je te l’ai dit des dizaines de
fois. Être impeccable signifie placer ta vie en pre 
mière ligne, de façon à défendre tes décisions, puis
de faire bien plus que le meilleur de toi même
pour mener à bien ces décisions. Lorsque tu ne
décides rien, en fait tu joues ta vie à la roulette, à
tout va. »

Don Juan termina notre conversation en me
pressant de bien réfléchir à ses paroles.

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Rédigé par Agnès

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