Castaneda - histoire de pouvoir - page 150 - devoir croire - les chats

Publié le 22 Juin 2018

– Il est facile de croire, poursuivit don Juan.
Devoir croire est une tout autre chose. Dans ce cas, par
exemple, le pouvoir t'a donné une leçon splendide,
mais tu as choisi d'en utiliser seulement une partie.
Or, devoir croire implique que tu te serves de tout ce
qui s’est passé.
– Je crois ce que vous entendez par là.
Mon esprit était parfaitement lucide, et je pensais
saisir tous ses concepts sans faire aucun effort.
– Je crains que tu ne comprennes pas encore, dit-
il, presque dans un murmure.
Il m'observa. Je soutins son regard pendant un
moment.
– Qu'est-ce qui s’est passé avec l’autre chat ?
demanda-t-il.

Hein ? L'autre chat ? répétai-je mécaniquement.
Je l'avais oublié. C'est Max qui avait été le centre
autour duquel le symbole s’était constitué. L’autre
chat n'avait pas d'importance pour moi.


Il en a pourtant, s’exclama don Juan, lorsque je
lui communiquai mes réflexions.

Devoir croire signifie que tu dois tenir compte aussi de l'autre chat. Celui qui est parti insouciant, en léchant les mains qui le
conduisaient à sa perte, ce chat-là est allé vers la mort
en toute confiance, imbu de ses idées de chat.

Tu penses être comme Max, c’est pourquoi tu as
oublié l'autre chat. Tu ne sais même pas son nom.

Devoir croire signifie qu'il te faut tenir compte de
tout, et qu'avant de décider que tu es comme Max, tu
dois envisager la possibilité d’être comme l'autre
chat ; au lieu de chercher ton salut dans la fuite, en
prenant des risques, tu peux te trouver en train d'aller
joyeusement à ta perte, imbu de tes opinions. »
Ses paroles avaient une tristesse qui m’intriguait,
ou alors il se pouvait que cette tristesse vînt de moi.
Nous gardâmes longtemps le silence. L’idée de pou-
voir être comme l'autre chat ne m'avait jamais
effleuré.

Rédigé par Agnès

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