Mais comment puis-je emmagasiner le pouvoir personnel ?

Publié le 5 Août 2022

– Mais comment puis-je emmagasiner le pouvoir personnel ?

– Tu le feras en vivant ainsi que je te l’ai recommandé. Petit à petit tu boucheras tous les points de fuite. Il ne faut pas que cela soit une intention délibérée de ta part, car le pouvoir trouve toujours un moyen. Prends mon cas, lorsque j'ai commencé à apprendre les façons du guerrier, j'ignorais que j’accumulais du pouvoir. Exactement comme toi je ne croyais rien accomplir de spécial, mais ce n'était pas vrai.

Lorsqu'il s’accumule, le pouvoir a la particularité de ne pas être détectable. "
Je lui demandai de m'expliquer comment il en avait conclu qu’il serait dangereux pour moi de rester seul la nuit.

« Les entités de la nuit se sont déplacées à ta gauche. Elles tentaient de se réunir avec ta mort. Surtout cette porte. C'était une ouverture, et elle t'aurait tiré à elle jusqu’à ce que tu sois obligé de passer. Et cela aurait signifié ta fin. »
Je lui fis remarquer de mon mieux l’étrangeté avec laquelle des événements survenaient toujours alors qu'il était dans le voisinage, comme s’il les avait lui-même préparés. Les nombreuses fois où j’avais passé seul la nuit dans la nature tout avait été parfaitement normal et habituel. Jamais je n'avais vu des ombres ni perçu des bruits étranges. En fait rien ne m'avait jamais effrayé.,
Don Juan eut un rire tranquille et déclara que cela montrait qu'il avait suffisamment de pouvoir personnel pour réunir des myriades de choses qui lui venaient en aide.

J'eus l’impression qu'il faisait allusion au fait qu'il avait des complices.
Il sembla lire dans mes pensées et éclata franchement de rire.
« Ne te crève pas avec des explications. Ce que je dis n'a aucun sens pour toi parce que tu n'as pas assez de pouvoir personnel. Malgré tout tu en as plus qu'au début, et il t’arrive des choses. Déjà tu as eu une puissante rencontre avec le brouillard et l'éclair.

Comprendre ce qui t’est arrivé cette nuit-là n'a aucune importance. Ce qui compte c'est que tu as acquis le souvenir de cet événement. Un jour tout ce que tu as vu alors, le pont et le reste, se répétera lorsque tu auras assez de pouvoir personnel.

– Dans quel but cela se répète-t-il ?

– Je n'en sais rien. Je ne suis pas toi. Il n'y a que toi qui puisses y répondre. Nous sommes tous différents.

C'est la raison pour laquelle j'ai dû te laisser seul la nuit dernière tout en connaissant parfaitement la possibilité d’un danger fatal pour toi. Il fallait que tu t’éprouves contre ces entités. J'ai choisi le cri du hibou parce que les hiboux sont les messagers de ces entités. Le cri du hibou les attire. Elles ont constitué un danger pour toi, non pas qu'elles soient naturellement malfaisantes, mais parce que tu n’étais pas impeccable.

Chez toi il y a quelque chose d’un peu biscornu, et je sais ce que c'est. Tu te gausses de moi. Tu t'es toujours gaussé de tout le monde et, bien sûr, cela te situe automatiquement au-dessus de tout le monde et de toute chose. Mais tu sais toi-même qu'il ne peut en être ainsi. Tu n’es qu'un homme, ta vie est trop courte pour embrasser tous les prodiges et toutes les horreurs de ce merveilleux monde. Par conséquent se gausser c’est être biscornu, cela te réduit à valoir moins qu'un pet de lapin. »

page 233 - Voyage à Ixtlan

Rédigé par Agnès

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