Publié le 4 Juin 2019

 

Tout à coup, je fus submergé
d’anxiété. Je demandai à don Juan si les arbres
avaient eux aussi de telles projections.

« Ils en ont. Mais leurs projections nous sont
encore moins amicales que celles des êtres inorga 
niques. Les rêveurs ne les recherchent jamais, sauf
s’ils sont dans un état de profonde sympathie avec
les arbres, un état très difficile à atteindre. Sur
cette terre, nous n’avons aucun ami tu le sais 
bien. »

Il gloussa de rire et ajouta :

« Pourquoi ? Ce n’est vraiment pas un mystère !

– Pour vous, don Juan, ça ne semble pas être un mystère, mais pour moi, c’en est certainement un.

– Nous sommes des destructeurs. Nous nous
sommes mis a dos tous les êtres vivants de cette terre. 
Voilà pourquoi nous n’avons plus un seul ami."

Le malaise qui m’envahit me fit souhaiter la fin de cette conversation

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Rédigé par Agnès

Publié le 4 Juin 2019

 

Néanmoins, il (l'émissaire de rêver) m’enseigna aussi des choses inestimables concernant rêver. En l’écoutant, je comprenais enfin la préférence des sorciers d’antan pour une pratique concrète.

« Pour parfaitement rêver, la première chose à
faire est de cesser le dialogue intérieur, me dit il
une fois. Pour obtenir de meilleurs résultats, placez
entre vos doigts des cristaux de quartz de sept à dix
centimètres de long ou sinon quelques galets de
rivière minces et bien polis. Puis, courbez légère 
ment les doigts en pressant entre eux les cristaux
ou les galets. »

L’émissaire précisa que des tiges de métal, pour
autant qu’elles soient de la taille et de l’épaisseur
des doigts de la personne, conduisaient au même
effet.

Le procédé consistait à avoir au moins trois
minces objets entre les doigts de chaque main pour
créer une pression presque douloureuse dans les
mains.

Cette pression possédait l’étrange propriété
de faire cesser le dialogue intérieur. La préférence
de l’émissaire allait aux cristaux de quartz ; il pré- 
cisa qu’ils fournissaient les meilleurs résultats, bien qu’avec de la pratique on puisse utiliser n’importe
quoi.

« S’endormir à un moment de silence complet
assure une parfaite entrée dans rêver, dit la voix
de l’émissaire, et cela garantit aussi l’amplifica 
tion de votre attention de rêver. »

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Rédigé par Agnès

Publié le 4 Juin 2019

page 126

– Je ne peux pas, dit il sans ambages, et ne me
le redemande plus jamais. Je t’ai déjà dit que, face
à cette situation, les rêveurs doivent rester seuls.

– Mais vous ne savez même pas ce que je veux
vous demander.

– Oh si, je le sais. Tu veux me demander si vivre
dans un de ces tunnels est une bonne chose, ne
serait ce que pour vérifier ce que prétend la voix
de l’émissaire. »

Je dus admettre qu’il connaissait mon dilemme.
Tout au moins, je désirais savoir ce qu’impliquait
dire que quelqu’un peut vivre dans ces tunnels.

« Je me suis trouvé dans la même impasse, conti 
nua don Juan, et personne n’aurait pu m’aider, car
il s’agit d’une décision super personnelle et sans
appel, une décision finale prise dès l’instant où tu
exprimes verbalement ton désir de vivre dans ce
monde. Afin de te pousser à énoncer ce désir, les
êtres inorganiques vont se mettre en quatre pour
satisfaire tes plus secrètes envies

– Mais c’est vraiment diabolique, don Juan.

– Dis toi ça souvent. Et pas seulement au vu de
ce que tu en penses. Pour toi, le côté diabolique est
la tentation d’accepter, particulièrement lorsque
de telles récompenses sont en jeu. Pour moi, la
nature diabolique du royaume des êtres inorga 
niques est que dans un univers hostile, il pourrait
bien être le seul sanctuaire à la disposition des
rêveurs.

– Est ce vraiment un paradis pour les rêveurs ?

– Pour certains rêveurs, sans aucun doute. Pas
pour moi. Je n’ai besoin ni d’accessoires ni de ram 
barde. Je sais ce que je suis. Je suis seul dans un
univers hostile, et j’ai appris à dire : ainsi soit il ! »

puis avant page 109

quelle peut être la force motivante qui y poussera
un paresseux clochard comme moi ?

– Chercher la liberté est la seule force motivante que je connaisse.

La liberté de planer dans cette infinité là bas.

La liberté de se dissoudre ; de s’envoler ; d’être comme la flamme d’une bougie, qui, bien qu’ayant à faire face à la lumière de milliards d’étoiles, reste intacte, car elle n’a jamais prétendu être plus que ce qu’elle est : une simple bougie. »

l'Art de rêver - Chercher la liberté est la seule force motivante que je connaisse.

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Rédigé par Agnès