Publié le 28 Novembre 2019

 
La conversation dériva sur la tendance qu'ont les êtres humains de se comporter de façon imitative, quelque chose qu'il qualifia de « comportement de primates ».
– Notre grande opportunité, et à la fois notre grande anxiété, est un abîme de connaissance silencieuse qui sommeille en chacun de nous.
Sous le bruit du mental, nous avons tous la sensation qu'il existe quelque chose d'indéfini, quelque chose qui nous fait nous accrocher à tout ce qui soulagera la pression de l'inconnu.
Fréquemment, ce sentiment nous mène au fanatisme, et il y a toujours des hommes qui sont disposés à profiter de la foi des gens.
– Alors tous les maîtres sont des imposteurs ?
– Ce que j'ai vu, c'est que la plupart d'entre eux sont aussi endormis que leurs disciples, mais ils ont appris à le dissimuler.
Imagine-toi une planète où tous les habitants sont aveugles; parmi eux circule le mythe qu'il est possible de voir, mais personne ne l'a vérifié. Un jour arrive l'un d'entre eux qui dit : « Je peux voir ! » Que peuvent-ils faire ? On peut croire ou cesser de croire, mais il y en aura toujours certains qui auront de l'espoir.
Peu importe si le maître est aussi aveugle; c'est très facile pour lui de profiter de la situation.
L'aigle ne demande pas que tu le vénères, juste que tu te remplisses de conscience.
Tomber à genoux devant l'inconnu est complètement inutile, mais le faire devant un autre être humain, c'est le comble de l'idiotie. Le singe que nous portons à l'intérieur de nous aspire à être guidé, il a besoin de croire qu'il y a des entités supérieures qui peuvent magiquement résoudre ses problèmes.
Comme les enfants, nous espérons toujours que quelqu'un apparaîtra et s'occupera de la situation.
De là naissent les cultes qui, par essence, sont des façons de se défaire de la responsabilité de notre propre croissance en la confiant à d'autres gens.
On nous a trompés. On nous a dit que nous étions spéciaux parce que nous étions rationnels, mais ce n'est pas vrai. L'être humain veut désespérément obéir, et meurt de peur lorsque ses précieuses croyances le quittent.
Nous sommes comme des poissons lave-vitre, toujours avec la bouche ouverte, dévorant tous les détritus qu'on nous lance.
Pendant ce temps, nous ignorons la source de vie et de connaissance que nous avons à l'intérieur.
Je vais te raconter une histoire très ancienne et bien connue, mais toujours nouvelle. Les dieux se demandaient où cacher la sagesse pour qu'elle ne soit pas à la portée de l'homme.
Dans les montagnes ? Il les escaladerait. Dans l'océan ? Il finirait par la trouver. L'espace, la lune et les étoiles furent également écartés; ils seraient un jour explorés. Finalement, les dieux parvinrent à la conclusion que le meilleur endroit pour la cacher était à l'intérieur de l'homme, parce que là il n'irait jamais la chercher. Que fit alors l'homme ? Au lieu de s'examiner lui-même en parfaite honnêteté, il chercha un maître.
Devenir responsable de sa propre existence est une anomalie, une violation des lois, un état de passion non ordinaire, une lutte qui demande toute notre vie.
C'est la seule procédure qui renouvellera notre énergie. Je ne sais pas si tu parviendras à comprendre ce détail : te connaître toi-même est une intention de guerrier !
Personne ne peut le faire à ta place !

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Rédigé par Agnès

Publié le 28 Novembre 2019

 
À une autre occasion, je lui demandai : – Carlos, qu'est-ce qui détermine qu'un homme ordinaire accède à la connaissance des sorciers ?
– L'intention, répondit-il. L'intention de l'homme doit faire une offre à l'esprit, et l'esprit doit l'accepter en plaçant sur son chemin des moyens d'évolution.
En d'autres temps, le seul moyen disponible était d'être signalé directement à un nagual.
De nos jours, un homme ordinaire a l'opportunité d'être guidé au travers des publications.
Quand on cherche à accéder au monde des sorciers, on doit y être préparé. Une rencontre accidentelle avec le pouvoir ne conduira à rien sauf à un choc brutal pour le chercheur qui jurera alors que la sorcellerie est l'œuvre du diable et que tout ceci est pur mensonge.
Mais une préparation pauvrement menée, une de celle qui fomente l'importance personnelle au lieu d'augmenter l'émerveillement et le désir d'apprendre, devient un obstacle presque insurmontable pour l'apprenti.
Celui qui vient au nagual saturé de croyances sur presque tout, n'aura aucune chance de continuer.
Par conséquent, la condition suivante avant d'entrer sur le chemin de la connaissance est une profonde honnêteté. Il est nécessaire de vider le quai afin de faire de la place pour le nouveau bateau qui arrive et reconnaître que lorsqu'il sera là, nous ne saurons rien. Une fois que l'on a atteint ce degré de préparation, le reste n'est qu'une question de chance.
L'esprit détermine qui sera choisi et qui ne le sera pas. La réponse de l'esprit est insondable. Elle survient de façon imprévisible et en des termes qui sont presque toujours incompréhensibles pour notre raison. Tout ce que nous pouvons faire est d'être attentifs aux signes en nous plaçant délibérément sur leur chemin. Quand l'intention de l'homme conclut une alliance avec l'esprit, il est inévitable que le maître apparaisse.
 
Je lui demandai si le nagual pouvait être considéré comme un enseignant du même style que les instructeurs orientaux.
Carlos répondit avec emphase : – Non ! Il n'y a pas de comparaison, pour une raison très simple : un nagual ne choisit jamais ses apprentis.
C'est l'esprit qui détermine, au travers de présages, qui peut ou non faire partie d'une lignée.
Un vrai maître est un guerrier impeccable qui a perdu sa forme humaine et qui a un lien très clair avec l'abstrait.
C'est pourquoi il n'accepte pas de volontaires. Le système d'enseignement basé sur le désir spontané du chercheur ne conduit pas très loin, parce qu'il n'est pas orienté vers la réalisation mais vers les intérêts de l'ego.
Tout ce que font les partisans, c'est imiter et cela ne les conduit nulle part.
Par conséquent il n'y a pas besoin de maîtres. Après des années d'apprentissage, je suis convaincu que tout ce dont a besoin un chercheur est de l'opportunité d'être conscient de ses possibilités et d’un engagement à mort avec son but.
Je fis observer que ses affirmations étaient en contradiction avec ses déclarations répétées sur le fait que sans don Juan, il n'aurait rien réussi.
 
Carlos répliqua : – Les sorciers établissent une distinction très claire entre les concepts de « guide spirituel » et de « maître nagual ».
Le premier est un individu qui s'est spécialisé à diriger des troupeaux, et l'autre est un guerrier impeccable qui sait que son rôle se limite à servir de connexion avec l'esprit.
Le premier te dira ce que tu veux entendre et te donnera les miracles que tu veux voir parce que tu l'intéresses comme acolyte ; tandis que le second sera guidé par les commandes d'un pouvoir impersonnel. Son aide n'est pas altruiste mais un moyen de payer sa vieille dette avec l'esprit de l'homme. Le nagual n'est pas une personne bénévole; il ne vient pas pour nous être agréable mais pour nous réveiller, et il le fait à coups de bâton si c'est nécessaire parce qu'il ne ressent aucune compassion.
Quand il intervient dans la vie de ses apprentis, il peut produire en eux une condition d'agitation telle que leurs énergies latentes sont activées.

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Rédigé par Agnès

Publié le 28 Novembre 2019

 
 
Lors d'une lecture durant laquelle il était en train de nous expliquer les différentes méthodes utilisées par les naguals pour aider leurs apprentis, l'une des personnes présentes interrompit Carlos et lui lança :
– Carlos, tu dis toujours que sans nagual il n'y a pas de liberté, mais c'est parce que tu as eu un maître !
Que pouvons-nous faire, nous autres qui n'avons pas cette chance ?
Il explosa : – Ce n'est pas vrai ! Vous avez toute l'information nécessaire ! Que voulez-vous de plus ? Espérez-vous tout recevoir gratuitement, sans aucun effort ? Si vous croyez que quelqu'un d'autre va faire le travail à votre place, vous êtes foutus !
Avec un ton de reproche, il se moqua de la paresse humaine qui nous fait espérer que les autres vont faire les choses à notre place pour qu'ensuite nous en profitions le plus possible. Il appela cela l’« antithèse de la conduite du guerrier » :
– Tout ce dont un homme a besoin, c'est de la chance minimale : être conscient des possibilités découvertes par les sorciers. Un guerrier n'attend pas qu'on vienne et qu'on lui donne la main pour traverser, il s'avance et dit : « Je peux le faire ! Et je peux le faire tout seul ! »
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Rédigé par Agnès

Publié le 28 Novembre 2019

 
 
Comme base pour le silence intérieur, Carlos me suggéra de lutter contre ce qu'il appelait ma condition domestique; c'est-à-dire mon appartenance à un groupe social. Il y fit référence comme à un premier pas vers la liberté :
 
– Apposer le jugement sur nos interactions signifie analyser à nouveau une montagne de choses que nous avons toujours considérées comme allant de soi, en commençant par notre rôle sexuel et en terminant par les engagements familiaux, religieux et civiques dans lesquels nous nous impliquons habituellement.
L'objectif n'est pas de juger ou de renverser quoi que ce soit. Observer a en soi-même un effet sur les choses.
Je lui demandai d'expliquer comment l'acte passif d'être témoin pouvait modifier quelque chose.
Il me répondit que l'attention, bien que ténue, n'est jamais passive parce qu'elle est faite de la même matière que celle qui compose l'univers. Le simple acte d'exercer son attention implique un transfert d'énergie.
– De même que la vitesse appliquée à un objet lui ajoute de la masse, la focalisation de l'attention ajoute de la réalité aux choses et cette réalité a une limite. Au-delà de cette limite, le monde que nous connaissons se désintègre.
Le secret des prodiges des sorciers est la canalisation de l'attention. Peu importe comment ils l'appliquent, pour le bien ou pour le mal; ce qui change est l'intention, pas la force de la focalisation. Pour les nouveaux voyants, la magie de la sorcellerie n'est pas dans ses résultats mais dans les moyens d'y accéder. Par conséquent, ta meilleure intention en tant qu'apprenti est de faire taire ton mental.
 
Lorsque je revins le voir, j'admis que bien que j'eusse consacré beaucoup de temps à suivre son conseil, je n'avais noté aucun avancement substantiel dans ma lutte pour parvenir au silence intérieur. Au contraire, j'avais constaté que mes pensées étaient plus agitées et plus confuses que jamais.
 
Carlos m'expliqua que cette sensation est une conséquence naturelle de la pratique :
– Comme tous les débutants, tu essaies de classifier le silence comme un élément supplémentaire de ton inventaire de croyances.
L'objectif de ton inventaire était de te rendre conscient du poids de nos préjugés. Nous utilisons presque toute notre énergie disponible pour soutenir une image du monde et nous le faisons au moyen de suggestions conscientes ou inconscientes.
Lorsqu'un apprenti se libère de cette prison, il a la sensation d'être tombé dans un océan de paix et de silence. Peu importe s’il parle, chante, pleure ou médite, cette sensation reste. Durant les premières étapes du chemin, il est très difficile de tenir la pratique du silence parce qu'aussitôt que nous détectons une absence de pensées, une petite voix espiègle nous félicite. Et cela casse immédiatement cet état.
Le problème est que tu confonds l'objectif des sorciers avec un idéal. Le concept de « silence » est trop délicat pour un mental comme le tien, accoutumé aux classifications.
Il est évident que tu as pensé cet exercice en termes auditifs, comme un absence de sons. Mais il ne s'agit pas de cela. Ce que les sorciers recherchent est quelque chose de plus simple. Ils essaient de résister aux suggestions et c'est tout.
Si tu réussis à te rendre maître de ton mental et que tu penses avec justesse, sans préjugés ni fausses convictions, tu seras capable d'annuler la partie domestique de ta nature, ce qui est un suprême achèvement.
Autrement, tu ne comprendras même pas en quoi consiste l'exercice.
Une fois que nous apprenons à les éviter, sans être offensés par elles et sans leur prêter aucun type d'attention, les commandes du mental restent en notre intérieur un certain temps puis disparaissent.
Ainsi, il ne s'agit pas de s'en débarrasser mais plutôt de les tuer d’ennui.
Pour atteindre ce stade, tu dois secouer ton inventaire d'idées. Je t'ai demandé de commencer avec tes croyances, mais cela aurait également marché si, par exemple, tu avais fait la liste de tes relations et affections, ou des éléments les plus attrayants de ton histoire personnelle, ou de tes espoirs, tes buts et préoccupations, ou tes goûts, préférences et aversions.
L'important c'est que tu prennes conscience de tes modèles de pensées.
La magie de tout inventaire se base sur l'ordre de ses composantes. Lorsque nous secouons cet ordre, quand il lui manque une des pièces que nous lui avons attribuées, tout le schéma commence à s'effriter.
C'est de cette manière que fonctionnent les routines du mental; tu changes un seul paramètre – soudain il y a une porte ouverte là où devrait se trouver un mur – et cela change tout. Le mental tremble ! C'est ce dont tu as fait l'expérience comme l'activation extraordinaire de ton dialogue intérieur. Tu ne t'en étais même pas rendu compte avant, maintenant tu sais qu'il est là.
Un jour sa présence sera tellement pesante que tu feras quelque chose pour y remédier. Ce jour-là, tu cesseras d'être un homme ordinaire et tu deviendras un sorcier.
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Rédigé par Agnès

Publié le 28 Novembre 2019

 
 
J'acceptai l'exercice car il me semblait inoffensif. Pendant quelques semaines je me consacrais à classifier tout ce à quoi je sentais que je m'identifiais mentalement. J'espérais que mon inventaire serait simple et clair, mais je fus vite surpris de constater qu'il se transformait en une liste interminable de modèles de pensées, parfois pas très cohérents entre eux.
Par exemple, une de mes croyances était que seules les choses démontrables pouvaient être appelées « vraies ». En même temps une autre de mes croyances était qu'une réalité suprême, un être divin transcendant au-delà de toute forme d'expérimentation, existait. Peu importe à quel point j'essayais, je ne pouvais pas résoudre cette contradiction.
Dans le champ des « non-croyances », j'eus aussi des surprises. Le plus déplaisant fut de découvrir comment une simple suggestion avait bloqué tout un éventail de possibilités.
Lorsque je commençai à étudier pourquoi il ne m'était honnêtement pas possible d'accepter les affirmations de Carlos concernant l'accès à d'autres mondes réels et complets au travers du rêve, je me souvins que lorsque j'étais petit et que je faisais un cauchemar, ma mère avait l'habitude de me répéter une comptine pour enfants qui disait : « Les rêves sont juste des rêves. »
Lorsque nous nous rencontrâmes à nouveau, je lui donnai un acompte superficiel de mes recherches. Carlos me dit que c'était suffisant; il y avait là assez de matériel pour attaquer la seconde partie de l'exercice. Il me suggéra de sélectionner la plus importante de mes croyances, celle qui servait de base à toutes les autres et de cesser d'y croire pendant un moment. Je devrais procéder de la sorte avec chacune d'entre elles selon leur degré d'importance.
– Je t'assure que ce n'est pas difficile, ajouta-t-il, voyant mon visage déconcerté. Et pardessus tout, cela ne fera aucun tort à ta foi. Rappelle-toi que c'est seulement un exercice.
Je protestai. D'un ton résolu, je lui dis que la base de mes principes était ma certitude que Dieu existe et je n'étais pas disposé à mettre en doute ni même à analyser ce sujet.
 
– Ce n'est pas vrai ! cria-t-il. Ta conviction la plus enracinée est que tu es un pécheur et c'est pour cette raison que tu te justifies !
Tu peux faire des erreurs, gaspiller ton énergie, te laisser aller à la colère, à la lascivité, aux caprices et à la peur, après tout tu es humain et Dieu te pardonne toujours !
Ne perds pas ton temps. Ou tu choisis ta croyance ou c'est elle qui te choisit. Dans le premier cas elle est authentique, elle est ton alliée, elle te soutient et te permet de la manipuler à volonté. Dans le second cas, elle t'est imposée et n'a aucune validité.
 
Je répliquai que l'exercice qu'il proposait – traiter ma foi avec la même désinvolture que l'homme qui change de chemise – n'était pas seulement blasphématoire et mercenaire; sa pratique finirait probablement par me jeter dans un état de confusion interne.
 
Il observa : – Tu n'as pas besoin d'être clair pour entrer dans le monde des sorciers ! Notre idée que la vérité va main dans la main avec la clarté est un piège, parce que l'esprit est trop inaccessible pour être compris avec notre fragile mental humain.
Comme tu le sais, l'essence de la religion n'est pas la clarté mais la foi ! Et la foi n'est rien comparée à l'expérience !
Les sorciers sont pragmatiques; de leur point de vue, ce que nous croyons ou ne croyons pas n'a rien à voir. Les histoires que nous nous racontons n'ont aucune importance; ce qui importe c'est l'esprit.
Quand il y a du pouvoir, le contenu du mental est secondaire. Un sorcier peut être athée ou croyant, bouddhiste, musulman ou chrétien et pourtant cultiver l'impeccabilité – ce qui le conduira automatiquement au pouvoir.
 
Ses mots m'irritèrent au-delà de la raison. En réalisant cela, je fus surpris de constater à quel point les doctrines catholiques avaient profondément pénétré en moi durant mon enfance. Maintenant que Carlos les remettait en question, j'eus le sentiment qu'il me dépouillait injustement de quelque chose d'une grande valeur. Il remarqua mon dilemme et se mit à rire.
 
– Ne confonds pas les choses, me dit-il. Les religions ne sont pas des remèdes mais une conséquence de l'état de conscience pitoyable dans lequel se trouve l'homme.
Elles sont remplies de bonnes intentions mais très peu de gens sont prêts à se réaliser en elles. Si leurs engagements avaient une valeur réelle, le monde serait plein de saints, pas de pécheurs !
Les idéologies du moment – le nagualisme inclus – se répandent, elles deviennent des mafias culturelles, des écoles pour faire dormir les gens.
Peu importe combien leurs postulats sont subtils et peu importe à quel point elles essaient de les valider avec la corroboration personnelle, elles finissent par conditionner nos actions à une certaine forme de récompense ou de châtiment, et en faisant cela, elles pervertissent la véritable essence de la recherche.
Si le pilier de ta foi est un salaire, quel mérite y a-t-il ? Les sorciers aiment la pureté de l'abstrait.
Pour eux, la valeur du chemin qui a du cœur n'est pas tant où il nous conduit mais avec quelle intensité nous y prenons plaisir.
La foi a certainement une valeur dans la vie ordinaire mais elle est inutile face à la mort. Notre unique espoir, lorsque nous faisons face à l'inévitable, est le chemin du guerrier. Les sorciers appellent l'habileté de manipuler leurs attaches mentales « croire sans croire ».
Ils ont perfectionné cet art jusqu'au point de pouvoir s'identifier sincèrement avec n'importe quelle idée, la vivre, l'aimer et s'en défaire sans remords si c'est nécessaire. Et dans cette liberté de choix ils se posent des questions de sorciers. Par exemple, pourquoi devrais-je m'accepter comme pécheur si je peux être impeccable ?
 
Après une certaine résistance je fus d'accord avec Carlos qu'il ne pouvait y avoir aucun mal à soumettre mes croyances à une secousse. L'effet principal de la technique de « croire sans croire » fut de mettre en évidence l'incroyable fragilité de mon catalogue d'idées. Il était prêt à se désintégrer au moindre souffle. Je compris pourquoi don Juan affirmait que le monde dans lequel nous vivons est un tissu magique, la magie du premier anneau de pouvoir.
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Rédigé par Agnès

Publié le 28 Novembre 2019

Lorsque je lui fis comprendre que cette méthode ne fonctionnait pas, il me répondit qu'il s'agissait d'une stratégie délibérée de chasse.
Apparemment, il était en train de traquer les routines de mon mental au travers de ce qu'il appelait la « saturation conceptuelle ».
Je lui demandai d'expliciter ce qu'il entendait par là.
Et Carlos me répondit : – La raison commence à être saturée lorsque tu lui donnes trop de substance avec laquelle travailler.
Don Juan avait l'habitude de dire que les concepts étranges avec lesquels traitent les sorciers doivent être répétés jusqu'à l'épuisement.
De cette façon, ils acquièrent une place définie dans notre conscience, accablée par le poids de tant de propos triviaux.
Ce qui nous effraie dans la leçon des sorciers est que, même si nous ne le voulons pas, nous sommes en permanence en train d'évaluer tout ce qui vient jusqu'à nous.
Lorsque l'objet de cette analyse est une proposition irrationnelle, cela demande beaucoup de pouvoir pour éviter les préjugés.
Si tu veux connaître le côté magique du monde, sois impeccable avec ta raison.
Ne lui permets pas de se mettre à l'aise; emmène tes pensées rationnelles jusqu'à leur limite, jusqu'au point de rupture.
Dans de telles circonstances, ton mental n'aura que deux options : s'imposer en te forçant à abandonner l'apprentissage, ou se taire et te laisser en paix
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Rédigé par Agnès

Publié le 28 Novembre 2019

Un jour, je racontais à Carlos combien il m'était difficile de comprendre les postulats de la sorcellerie et je lui demandai de me donner quelques définitions qui pourraient guider ma rationalité. Mais il me répondit que cela n'était ni possible ni utile puisqu'il ne vivait pas dans une réalité de consensus ordinaire. – Moi même, je ne me comprends pas, m'assura-t-il avec un sérieux absolu.
 
Il maintint que comprendre, c'est fixer notre attention en un point spécifique depuis lequel les choses peuvent être expliquées.
Plus ce point est accepté par la majorité des gens et plus il nous semble vrai : – Mais l'univers n'est pas raisonnable, son essence est au-delà de toute description.
La sécurité et le sens commun sont des îlots qui flottent sur une mer sans fond, auxquels nous nous accrochons uniquement à cause de la peur.
Si tu continues sur le chemin de la connaissance, tu découvriras bientôt que les explications sont des placebos car elles n'accomplissent jamais leurs promesses.
Pour chaque chose qu'elles clarifient, elles génèrent une myriade de contradictions.
En fait, nous ne comprenons jamais rien; le véritable enseignement est physique et nous ne l'obtenons qu'après des années de lutte. C'est la nature des leçons du nagual.
Cependant, les sorciers ont découvert qu'il est possible de comprendre les choses sans les raisonner et cela les a conduits à pratiquer.
Une heure de pratique peut balayer des années d'explication et les véritables résultats apparaissent, des résultats qui durent pour toujours.
Dès que tu te transformeras en témoin du pouvoir, la pression obsessionnelle de ton mental sera annulée et à la place renaîtra en toi l'esprit enfantin de l'aventure et de la découverte. À ce stade, tu ne penses plus, tu agis.
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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Novembre 2019

L'étrange pouvoir de fascination qu'exerçaient sur moi les conférences de Carlos fit que le simple fait d'en manquer une seule devint une souffrance insupportable.
J'en fis la remarque à une occasion et il me répondit : – Tu es accroché ! Don Juan incitait toujours ceux qui l'entouraient à entretenir une romance avec la connaissance.
Puis il m’expliqua : – C'est un pur désir de savoir, pas une sensation d'apathie, être vivement intéressé par ce que l'esprit vient te raconter sans rien attendre de lui. Avoir une romance passionnée avec la connaissance est la seule chose qui puisse nous donner le pouvoir dont nous avons besoin pour ne pas hésiter lorsque les signes pointent en direction de l'inconnu.
Lorsque son chemin ne correspond plus aux attentes humaines, lorsqu'il l'emmène vers des situations qui défient sa raison, alors nous pouvons dire qu'un guerrier a commencé à entretenir une relation intime avec la connaissance.
Tu as eu la chance extraordinaire de faire taire ton mental pour un moment et de permettre au pouvoir de te remarquer. Mais ce n'est pas assez; tu dois maintenant t'ajuster à son message pour que ta vie devienne la vie d'un guerrier. À partir de maintenant, ton travail consistera à cultiver un lien honnête et limpide avec l'infini.
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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Novembre 2019

 
 
 
L'une des caractéristiques de Carlos était son imprévisibilité. Parfois il arrivait ponctuellement à ses rendez-vous, d'autres fois il avait une heure de retard. Le système avait ses avantages; les moins intéressés se levaient et partaient, et cela forçait les plus engagés à cultiver la patience.
 
Ce soir-là, le rendez-vous avait lieu à l'Université de Mexico. Entre autres questions, on lui demanda s'il croyait en dieu. En guise de réponse, Carlos nous demanda de ne pas confondre ses paroles avec un message religieux et dit :
 
– Les sorciers s'en tiennent à leur expérience. Ils ont changé le « croire » en « voir ». Ils parlent de l'esprit, pas parce qu'ils croient en son existence mais parce qu'ils l'ont vu. Mais ils ne le voient pas comme un père aimant qui veille sur nous de là-haut. Pour eux l'esprit est quelque chose de beaucoup plus direct et immédiat, un niveau de conscience qui transcende la raison. Tout ce qui atteint nos sens est un signe. La seule chose dont nous avons besoin est de la vitesse nécessaire pour faire taire le mental et capturer le message. Au travers de ses indications l'esprit nous parle avec une voix très claire.
 
L'un d'entre nous fit remarquer que, même en le prenant comme une métaphore, l'idée d'écouter l'esprit ou de parler avec lui avait des allures excessivement religieuses.
 
Carlos rétorqua :
 
– Cette voix n'est pas une métaphore ! C'est littéral ! Parfois il parle sous forme de mots, d'autres fois c'est juste un murmure ou une scène déployée devant nous, comme un film. De cette façon, l'esprit nous transmet ses ordres, qui peuvent se résumer à une seule expression : « Aie l'intention ! Aie l'intention ! » La voix de l'esprit nous parle à tous de la même façon mais nous ne nous en rendons pas compte. Nous sommes tellement préoccupés par nos pensées, qu'au lieu de faire silence et d'écouter, nous préférons recourir à toutes sortes de subterfuges.
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Le Seuil du silence

Mettant l'accent sur ces mots, il spécifia que la sorcellerie est l'art du silence :  – Le silence est une passerelle entre les mondes. Lorsque notre mental reste silencieux, des aspects incroyables de notre être émergent. À partir de ce moment, la personne devient un véhicule de l'intention et tous ses actes commencent à dégager du pouvoir. Durant mon apprentissage, mon benefactor me montra d'incroyables exploits qui m'effrayèrent mais qui, en même temps, éveillèrent mon ambition; je voulais devenir aussi puissant que lui ! Je lui demandais souvent comment je pouvais apprendre ses trucs, mais il mettait un doigt sur ses lèvres et me regardait fixement. Cela prit des années avant que je puisse apprécier pleinement la magnifique leçon de sa réponse. La clé de la sorcellerie est le silence. 
 
 L'un des auditeurs demanda à Carlos de définir ce concept.  Il répondit :   – Ce n'est pas définissable. Quand tu le pratiques, tu le perçois. Si tu essaies de le comprendre, tu le bloques. Ne le vois pas comme quelque chose de difficile ou de complexe parce que cela ne vient pas d'un autre monde; il s'agit juste de faire taire le mental. Je pourrais vous dire que le silence est comme un quai où arrivent des barques; si le quai est occupé, il n'y a pas de place pour quelque chose de nouveau. Telle est ma vision du sujet mais la vérité c'est que je ne sais pas comment en parler. 
 
Il expliqua que le silence intérieur n'est pas seulement l'absence de pensées. Il s'agit plutôt de suspendre les jugements, témoigner sans interpréter. Il continua en disant qu'entrer dans le silence pouvait être défini selon le mode typiquement contradictoire des sorciers comme « apprendre à penser sans paroles » :  – Pour beaucoup d'entre vous, tout ce que je dis n'a pas de sens car vous êtes accoutumés à consulter votre mental sur à peu près n'importe quoi. L'ironie de la chose est que, pour les débutants, les pensées ne sont pas les nôtres. Elles résonnent à travers nous, ce qui est différent. Et comme elles nous harcèlent depuis que nous avons appris à utiliser la raison, nous finissons par nous habituer à elles.  Si vous demandez au mental, il vous dira que l'objectif des sorciers est un non-sens parce qu'il ne peut pas être démontré rationnellement. Au lieu de vous conseiller d'aller vérifier honnêtement cette proposition, il vous ordonnera de vous cacher derrière un solide mur d'interprétations. Par conséquent, si vous voulez saisir votre chance, il n'y a qu'une seule échappatoire possible : déconnecter votre mental ! La liberté s'accomplit sans penser. Je connais des gens qui furent capables de stopper leur dialogue intérieur et ils n'interprètent plus, ils sont pure perception; ils ne sont jamais déçus et ils ne regrettent  rien car tout ce qu'ils font part du centre de décision. Ils ont appris à traiter avec leur mental avec autorité et ils vivent dans l'état le plus authentique de liberté.  Carlos poursuivit en disant que le silence est notre condition naturelle :  – Nous sommes nés du silence et nous y retournerons. Ce qui nous contamine, ce sont toutes les idées superflues qui s'infiltrent en nous provenant de notre vie collective. 

Nos parents, les primates, ont des coutumes sociales très enracinées dont l'objectif est de diminuer les niveaux de tension à l'intérieur du groupe. Par exemple, ils passent beaucoup de temps à se caresser, à se flairer et à s'épouiller. Ces coutumes sont génétiques et n'ont donc pas disparu; elles sont en nous, en vous et moi. Il y a juste que les êtres humains ont appris à les substituer par des échanges de paroles. Chaque fois que nous en avons l'opportunité, nous nous tranquillisons en parlant ensemble de quelque chose. Après des millénaires de vie en groupe, nous avons intériorisé ces échanges au point que, endormis ou éveillés, notre mental n'est jamais tranquille, il est toujours en train de parler avec lui-même. Don Juan affirmait que nous sommes des animaux prédateurs convertis en ruminants par le pouvoir de la domestication. Nous passons notre vie à régurgiter une liste interminable d'opinions sur pratiquement tout. Nous recevons les pensée en grappes connectées les unes aux autres jusqu'à ce que tout l'espace mental soit complètement rempli. Ce bruit n'est d'aucune utilité car il se consacre presque totalement à l'élargissement de l'ego. Parce qu'il va à l'encontre de tout ce qui nous a été enseigné durant l'enfance, le silence doit être intentionné avec un esprit de combat. À ce moment, vous avez un grand avantage : l'expérience des traqueurs. Les sorciers d'aujourd'hui recommandent de traverser le monde sans susciter l'attention, en traitant chaque chose de façon identique. Un guerrier traqueur devient le maître de la situation – pour le meilleur ou pour le pire parce qu'il y a quelque chose de terriblement efficace dans le fait d'agir sans le mental. 
 
 

Le monde du guerrier est le plus solitaire qui soit. Même lorsque plusieurs apprentis se rassemblent pour voyager sur les routes du pouvoir, chacun d'entre eux sait qu'il est seul et qu'il ne peut rien espérer des autres ni ne dépendre de personne. La seule chose qu'il puisse faire est de partager son chemin avec ceux qui l'accompagnent. Être seul requiert un grand effort parce que nous n'avons pas encore appris à surmonter l'ordre génétique de la socialisation. Au début, l'apprenti doit être forcé par son maître au moyen de pièges si c'est nécessaire. Mais après un moment, il apprend à y prendre plaisir. Il est normal que les sorciers recherchent le silence dans la solitude des montagnes ou dans le désert et qu'ils vivent seuls durant de longues périodes. 
 
 Quelqu'un commenta l'horreur de cette perspective.  Carlos répliqua :  – L'horreur est de devenir vieux comme des enfant pleurnichards ! Une des ironies de la vie moderne est que plus la communication augmente, plus nous nous sentons seuls. L'existence de l'homme ordinaire est d'une solitude déchirante. Il cherche la compagnie mais ne peut se trouver lui-même. Son amour a été dévalué; son rêve est pure fantaisie. Sa curiosité naturelle est devenue un intérêt strictement personnel et tout ce qui lui reste ce sont ses attachements. En revanche, la solitude du guerrier est comme la retraite des amoureux, une place pour ceux qui cherchent une alcôve pour y écrire des poèmes à leur amour. Et l'amour du guerrier est partout, il est cette Terre où il vagabondera pour un temps si bref. C'est pourquoi, où qu'il aille, le guerrier se livre à sa romance. Naturellement, il fuira parfois ses affaires avec le monde; le silence intérieur est solitaire. 
 
 Carlos continua en disant que les sorciers de l'Antiquité utilisaient des plantes de pouvoir pour stopper le dialogue intérieur. Mais les guerriers actuels préfèrent les conditions moins risquées et plus contrôlées :  – Les mêmes résultats que ceux produits par les plantes peuvent être obtenus lorsque nous nous trouvons face au mur. Confrontés à des situations extrêmes comme le danger, la peur, la saturation sensorielle ou l'agression, quelque chose en nous réagit et prend le contrôle; le mental devient alerte et suspend automatiquement son babillage. Créer délibérément cette situation, c'est traquer. Cependant, la méthode préférée des guerriers est la récapitulation. La récapitulation stoppe le mental de façon naturelle.

 Le détonateur principal de nos pensées est les affaires en cours, les attentes et la défense de l'ego. Il est très difficile de trouver une personne dont le dialogue intérieur soir sincère; habituellement, nous dissimulons nos frustrations et allons exactement à l'opposé : le contenu de notre mental devient une ode au moi. Récapituler met fin à tout cela. Après un temps d'effort soutenu, quelque chose se cristallise à l'intérieur. Le dialogue habituel devient incohérent, dérangeant; le seul  remède est de le stopper. Un apprenti, à ce stade, se trouvera sous un feu croisé. D'un côté, il y a l'homogénéisation de son point d'assemblage; et de l'autre d'énormes parenthèses de silence qui mettent à rude épreuve son mental, en le fragmentant. Lorsque l'inertie du dialogue intérieur est cassée, le monde se renouvelle. L'onde d'énergie est ressentie comme un vide insupportable qui s'ouvre sous ses pieds. À cause de cela, le guerrier peut passer des années à un stade d'instabilité mentale. La seule chose qui puisse le réconforter en pareille situation est de garder l'objectif de son chemin limpide et de ne pas perdre, en aucune circonstance, sa perspective de liberté. Un guerrier impeccable ne perd jamais sa santé mentale. Si, lorsqu'ils appliquent certaines de ces techniques, les guerriers sentent que leur mental frissonne et qu'une voix inhabituelle commence à leur murmurer des choses, c'est normal et ils ne devraient pas être effrayés. Ils ne deviennent pas fous, ils sont en train de pénétrer dans le consensus des sorciers.  
 
 Les participants lui demandèrent si le mouvement du point d'assemblage attirait aussi le silence. Carlos répondit :   – C'est le contraire. Le silence intérieur induit des déplacements du point d'assemblage et ces déplacements sont cumulatifs. Une fois qu'un certain seuil est atteint, le silence peut de luimême bouger le point d'assemblage sur une grande distance mais pas avant. 
 
 

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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Novembre 2019

Nous ne pouvons pas éviter d'être nés de coïts ennuyeux, ni d'avoir investi le plus gros de notre luminosité en faisant des enfants ou en maintenant des relations exténuantes. Mais nous pouvons récapituler; cela annule l'effet énergétique de ces actes.
Heureusement, au royaume de l'énergie, des choses comme le temps et l'espace n'existent pas.
Ainsi il est possible de retourner au lieu et au moment même où se passèrent les événements et les revivre.
Ce n'est pas très difficile car nous savons tous très bien où nous avons été blessés.
Récapituler, c'est traquer nos routines en les soumettant sans pitié à un examen minutieux systématique. C'est l'activité qui nous permet de visualiser notre vie dans sa totalité et pas seulement comme une succession de moments.
Cependant, et bien que cela puisse paraître étrange, seuls les sorciers font de la récapitulation un exercice; les autres gens le font seulement par hasard.
La récapitulation est l'héritage des anciens voyants, la pratique basique, l'essence de la sorcellerie. Sans elle, il n'y a pas de chemin.
Don Juan avait l'habitude de se référer de façon désobligeante aux apprentis qui n'avaient pas récapitulé comme aux « radioactifs ». Don Genaro ne m'aurait même pas serré la main, et si je le touchais accidentellement, il courait se laver comme si je l’avais infecté. Il disait que j'étais plein de saloperies et que cela suintait de chaque pore de ma peau.
Avec cette parodie, il m'inculqua l'idée que récapituler est un acte d'hygiène élémentaire.
rencontre avec le nagual
 
Il indiqua que pour récapituler, des conditions spéciales ne sont pas nécessaires. On peut essayer l'exercice à n'importe quel endroit et n'importe quand; du moment que nous nous sentons disposés à le faire. – Les guerriers récapitulent lorsqu'ils marchent, dans la salle de bains, lorsqu'ils travaillent ou qu'ils mangent, chaque fois que c'est possible ! L'important est de le faire. Carlos ajouta que la question de la posture n'est pas importante. La seule exigence est d'être à l'aise pour que le corps physique ne demande pas d'attention et n'interfère pas dans les souvenirs.

 Carlos nous expliqua ensuite que ce type de respiration devait être accompagné d'un mouvement latéral de la tête, ce que les sorciers appellent « éventer l'événement ».

Quelqu'un demanda s'il fallait respirer de gauche à droite ou l’inverse. Il répondit : – Quelle importance ? C'est un travail énergétique; il n'a pas de modèle fixe. Ce qui compte c'est l'intention. Inspirez lorsque vous essayez de récupérer quelque chose, et expirez ce qui ne vous appartient pas. Si vous faites cela avec la totalité de votre histoire, vous cesserez de vivre emmêlé dans une chaîne de souvenirs et vous vous focaliserez sur le présent. Les voyants décrivent cet effet comme faire face aux choses telles qu'elles sont ou voir le temps objectivement.

Les personnes présentes demandèrent à Carlos ce qu'il fallait faire avec nos souvenirs une fois que nous les avions localisés; fallait-il les examiner avec une certaine méthode psychanalytique ou quelque chose du genre. Il répondit : – Il n'est pas nécessaire d'en faire quelque chose en particulier. Les souvenirs trouveront leur propre emplacement et la luminosité se réorganisera d'elle-même à travers la respiration. Il faut juste essayer, rendez-vous disponible; l'esprit vous dira comment faire. La récapitulation démarre de l'intérieur et se soutient elle-même. Il est important de faire taire le mental, et notre corps d'énergie prendra le contrôle en faisant tout ce qui pour lui est un plaisir. Vous vous sentirez bien, à l'aise, loin de vous fatiguer, cela vous reposera. Votre corps le percevra comme un inexplicable bain d'énergie. Mais vous devez avoir l'attitude correcte. Ne confondez pas l'exercice avec une question psychologique. Si vous avez besoin d'interprétations, alors allez chez le psychiatre ! Il vous dira comment faire pour continuer à être l'idiot que vous êtes. N'essayez pas non plus d'en tirer une leçon. Les histoires avec une morale n'existent que dans les livres pour enfants. La récapitulation est une forme spécialisée de traque et doit être entreprise avec un haut sens stratégique. Il s'agit de comprendre et de mettre de l'ordre dans notre existence, la voir telle qu'elle est, sans remords, reproches ou félicitations, avec une totale indifférence et un esprit de fluidité, voire d'humour parce que rien dans notre histoire n'est plus important qu'autre chose et toutes les interactions, finalement, sont éphémères. L'important est de commencer, parce que l'énergie que nous récupérons de la première intention nous donnera la force de continuer à récapituler des aspects de plus en plus complexes de nos vies. Tout d'abord, il est nécessaire d'aller aux investissements les plus forts qui sont les sentiments les plus déchirants. Ensuite, nous nous attaquons à des souvenirs qui sont enterrés si profondément que nous pensions les avoir oubliés, mais ils sont encore là.

– Comment progresse ta récapitulation ?  La question de Carlos me prit au dépourvu. Je lui répondis que je n'avais pas encore essayé l'exercice car j'attendais que les conditions soient favorables à la maison.  Il me lança un regard très sérieux, presque de reproches, et commenta que pour les sorciers la totalité du chemin se résume à son premier pas.  – Cela signifie que les conditions idéales sont ici et maintenant.  Adoucissant le ton de sa voix, il ajouta :  – Cela arrive à tout le monde au début. Observer notre vie est un exercice perturbateur parce que aller au fond des choses nous effraie et il est facile de remettre cela à plus tard. Mais si 
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nous insistons, après un certain temps d'examen minutieux, nous commençons à découvrir que ce qui nous a toujours semblé être des formes évidentes et correctes de pensée sont en fait des croyances implantées. Les idées dont nous sommes dépendants constituent la matière la plus dense de notre contamination mentale. En général, elles découlent toutes d'une erreur de syntaxe. Si notre façon de parler change, elles n'ont plus de sens et sont substituées par de nouvelles idées. C'est pourquoi il y a tant de systèmes de croyances dans le monde. Depuis le centre de la connaissance silencieuse nous savons tous cela, c'est pourquoi nous sommes si rarement disposés à mettre nos croyances en pratique. Nous pouvons passer notre vie à parler d'amour du prochain ou de tendre l'autre joue, mais qui ose vraiment le faire ? Et là tu as des guerres de Religion où des gens se font tuer à cause de  leur façon particulière de prononcer le nom de Dieu. Les sorciers savent que les croyances basées sur des idées sont fausses. 
 
 Il m'expliqua alors que le point de départ de nos convictions est habituellement quelque chose que quelqu'un nous a dit sur un ton impératif ou persuasif lorsque nous étions enfants avant que nous n'ayons notre propre inventaire d'expériences pour comparer. Ou bien, c'est un des effets de la propagande massive et subliminale à laquelle l'homme actuel se voit soumis.  Fréquemment, elles proviennent d'un choc émotionnel soudain et profond, comme celui dont souffrent ceux qui se laissent entraîner par l'hystérie religieuse. Cette modalité de croyance est purement associative :  – Dans le noyau de chacune de nos actions, coutumes ou réactions, il y a une croyance cachée. Par conséquent, la tâche initiale sur le chemin de la connaissance est de faire l'inventaire de toutes les choses dans lesquelles nous avons placé notre foi.  Carlos me suggéra de consacrer un nouveau cahier pour cet exercice où je devais noter toutes mes croyances. Il m'assura que cet exercice m'aiderait à faire une carte de mes motivations et de mes attachements : 
 
 – Dans chaque cas, dit-il, tu devras chercher la source de tes croyances et analyser chacune d'entre elles en profondeur. Détermine quand et pourquoi elles surgirent, ce qui existait avant cela, comment tu te sentais et combien ta foi a changé au fil des années. L'intention n'est pas de justifier quoi que ce soit mais plutôt de mettre les choses au clair. Cet exercice est appelé « traquer le croyant ».  
 
 Il prédit que le résultat de cette pratique me libérerait de mes convictions de seconde main et il mit l'accent sur le fait que dans le monde des sorciers, seule l'expérimentation directe est valide. 
 
 

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Rédigé par Agnès