Publié le 2 Mars 2019

 

Il faisait pratiquer à don Juan ses talents de
comportement féminin dans toutes les villes qu’ils
traversaient. Et don Juan croyait franchement qu’il
lui apprenait à devenir acteur. Mais Belisario insistait
sur le fait: qu’il était en train de lui enseigner l’art du
traqueur.

Il dit à don Juan que traquer était un art
applicable à toute chose, et qu’il .fallait franchir
quatre étapes pour l’apprendre : l’implacabilité, la
ruse, la patience et la gentillesse.

Je me sentis encore une fois obligé d’interrompre
son récit.

« Mais l’art du traqueur ne s’enseigne-t-il pas dans
un état profond de conscience accrue ? demandai-je.

– Bien sûr, répondit-il avec un sourire. Mais tu
dois comprendre que, pour certains hommes, porter
des vêtements de femme, c’est accéder à la
conscience accrue.

En réalité, ce genre de méthode est plus efficace que celui qui consiste à pousser le point d’assemblage, mais très difficile à mettre sur pied. »

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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Février 2019

 

Il m’affirma que, durant nos vies actives, nous n’avons jamais l’occasion de dépasser le niveau de la simple préoccupation, parce que depuis des temps immémoriaux les affaires quotidiennes nous ont assoupis comme une berceuse.

C’est seulement quand nos vies sont presque à leur terme que notre préoccupation héréditaire à propos du destin commence à prendre une tournure différente. Elle commence à nous faire traverser le brouillard des
affaires quotidiennes.

Malheureusement, cet éveil est toujours étroitement accompagné par la perte d’énergie due à l’âge, au moment où nous n’avons plus de force pour transformer notre préoccupation en une découverte pragmatique et positive.

Alors, tout ce qui reste est une angoisse amorphe, glaciale,
un désir de quelque chose d’indescriptible, et une
simple colère de ne l’avoir pas obtenu.

« Beaucoup de raisons me font aimer les poèmes,
dit-il. L’une d’elles est qu’ils saisissent l’humeur des
guerriers et expliquent ce qui peut à peine être expli-
qué. »

Il reconnut que les poètes étaient profondément conscients de notre lien de communication avec l’esprit, mais qu’ils en étaient conscients intuitivement, et non délibérément et pragmatiquement comme les sorciers « Les poètes n’ont pas une connaissance directe de l’esprit, poursuivit-il. C’est pourquoi leurs poèmes ne peuvent pas vraiment toucher le cœur de véritables gestes pour l’esprit. Mais ils en arrivent très près. 
.......
« Je crois que le poète ressent la tension qui accom-
pagne le vieillissement et l’anxiété que suscite cette
prise de conscience, dit don Juan. Mais cela n’est
qu’un aspect des choses. L’autre, celui qui m’inté-
resse, révèle que le poète, bien qu’il ne déplace
jamais son point d’assemblage, a l’intuition que
quelque chose d’extraordinaire est en jeu. Il a l’intui-
tion très certaine qu’il existe un facteur ineffable,
imposant en raison de sa simplicité, qui détermine
notre destin. »

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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Février 2019

La Force du Silence - page 77 - le cognement de l'esprit

Mais voyant ses yeux brillants et intenses, il changea d’avis. Il comprit que l’Indien était tout simplement fou et qu’il n’avait pas de rapport avec la femme. Avec ce qui lui restait de conscience, il se concentra sur les marmottements de l’homme. Celui-ci disait que le pouvoir de l’homme était sans limites, que la mort n’existait que parce que nous avions eu l’intention qu’elle existe depuis le moment de notre naissance, que l’intention de la mort pouvait être suspendue si l’on faisait changer de position le point d’assemblage.

Il comprit, encore une fois, que l’Indien était complètement fou. Sa situation était tellement théâtrale – mourir entre les mains d’un Indien fou qui marmonne un charabia – qu’il se jura de rester un acteur et un cabotin jusqu’au bout, et de ne mourir ni d’hémorragie ni de coups, mais de rire. Et il rit jusqu’à en mourir.

Don Juan me fit remarquer que son benefactor ne pouvait naturellement pas prendre l’Indien au sérieux. Personne n’aurait pu prendre au sérieux ce genre de personne, surtout pas un futur apprenti qui n’était pas censé se porter volontaire pour s’initier à la sorcellerie.

Puis don Juan me dit qu’il m’avait expliqué par différentes versions en quoi consistait la tâche de la sorcellerie. Il ajouta qu’il ne serait pas présomptueux de sa part de révéler que, du point de vue de l’esprit, cette tâche consistait à clarifier notre lien de communication avec lui. L’édifice que l’intention dresse devant nous est donc une chambre de compensation dans laquelle nous trouvons non pas tant les procédés destinés à clarifier notre lien de communication, que la connaissance silencieuse qui permet au processus de clarification de se dérouler. Sans cette connaissance silencieuse, aucun processus ne réussirait, et tout ce que nous éprouverions serait un sentiment indéfini de manque.

Il me dit que les événements déclenchés par les sorciers grâce à la connaissance silencieuse étaient si simples, et pourtant si abstraits, que les sorciers avaient décidé depuis longtemps de n’en parler qu’en termes symboliques. Les manifestations et le cognement de l’esprit en étaient des exemples.

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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Février 2019

(alors même quand un sorcier "voit" il se peut qu'il passe à côté d'un "homme double")

La force du Silence - page 44 - Manifestation de l'Esprit

Le nagual vit ensuite qu’en se détendant pour accepter la présence de la mort, le corps de l’homme avait libéré un voile protecteur et révélé sa véritable nature.

C’était un homme double aux ressources fabuleuses, capable de créer un écran à des fins de protection ou de déguisement – un sorcier naturel et un candidat parfait pour être l’apprenti d’un nagual, si ce n’était l’ombre noire de la mort.

Le nagual était complètement décontenancé à cette vue. Il comprenait maintenant les desseins de l’esprit mais ne pouvait pas comprendre comment un homme aussi inutile pouvait s’inscrire dans l’ordre des choses établi par les sorciers

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Rédigé par Agnès

Publié le 27 Février 2019

 

Et le nagual Elias fut obligé de lui dire ce que tous les naguals ont dit à travers les âges à un futur apprenti : que les sorciers parlent de la sorcellerie comme d’un oiseau magique et mystérieux qui s’est arrêté un moment, dans son vol, pour donner à l’homme de l’espoir et un but ; que les sorciers vivent sous l’aile de cet oiseau, qu’ils appellent l’oiseau de la sagesse, l’oiseau de la liberté ; qu’ils le nourrissent de leur dévouement et de leur impeccabilité. Il lui dit que les sorciers savaient que le vol de l’oiseau de la liberté dessinait toujours une ligne droite, car il ne pouvait pas faire de boucle, ni faire demi-tour et revenir ; et que l’oiseau de la liberté ne pouvait faire que deux choses, emmener les sorciers avec lui ou les laisser.

Don Juan me rappela alors quelque chose qu’il
m’avait souvent répété mais que j’avais toujours
réussi à chasser de mes pensées.

Il me dit que je ne devais pas oublier, fût-ce un instant, que l’oiseau de la liberté était très peu patient devant l’indécision et que, quand il s’envolait, il ne revenait jamais.

La résonance glaciale de sa voix donna à l’environ-
nement, qui, une seconde plus tôt, était paisible et
obscur, un caractère d’urgence.

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Rédigé par Agnès

Publié le 26 Février 2019

 

– Pouvez-vous m’expliquer l’intention ? demandai-
je.
– La seule façon de connaître l’intention, me
répondit-il, est de la connaître directement, à travers
un lien vivant qui existe entre l’intention et tous les
êtres sensibles. Les sorciers appellent intention l’indes-
criptible, l’esprit, l’abstrait, le nagual. Je préférerais
l’appeler nagual, mais cela se confond avec le nom
du chef, du benefactor, qu’on appelle aussi le nagual.
J’ai donc choisi de l’appeler l’esprit, l’intention, l’abs-
trait. »

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Rédigé par Agnès

Publié le 26 Février 2019

La Force du Silence - Avant-propos

"Mes livres sont un compte-rendu fidèle d'une méthode d'enseignement que Don Juan Matus, un sorcier indien du Mexique, utilisait pour m'aider à comprendre le monde des sorciers. Mes livres sont, en ce sens, le récit d'un processus continu qui devient plus clair à mes yeux à mesure que le temps passe.

Il nous faut des années de formation pour comprendre comment nous débrouiller intelligemment dans l'univers de la vie quotidienne. Nos études, qu'il s'agisse d'apprendre simplement à raisonner ou de travailler sur des matières plus conventionnelles, sont rigoureuses parce que la connaissance que nous essayons de communiquer est très complexe.

Les mêmes critères valent pour le monde des sorciers : leurs études, qui sont fondées sur l'instruction orale et la manipulation de la conscience, bien que différentes des nôtres, sont aussi rigoureuses, parce que leur connaissance est aussi complexe, et peut-être plus."

Carlos Castaneda

c'est pour cela que les livres ont un ordre à respecter pour la compréhension de cet enseignement

- L'herbe du diable et la petite fumée (qui n'est nullement une incitation à "fumer")
- Voir
- Voyage à Ixtlan
- Histoires de pouvoir
- Le second anneau
- Le don de l'Aigle
- Le feu du dedans
- La force du silence
- Le voyage définitif

et en annexe :

- La roue du temps
- L'art de rêver
- Passes magiques

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Rédigé par Agnès

Publié le 26 Février 2019

la force du silence - page 55 - conscience accrue

. Je demandai à don Juan s’il était possible que j’aie accédé à la conscience accrue sans m’en rendre compte. Ou peut-être y étais-je demeuré depuis plusieurs jours ?

« À cette étape, on accède tout seul à la conscience
accrue, dit-il. La conscience accrue n’est un mystère
que pour ta raison. En pratique, c’est une chose très
simple. Comme pour tout le reste, nous compliquons
les problèmes en essayant de rendre raisonnable l’im-
mensité qui nous entoure. »

Il me fit remarquer que je devrais penser au noyau
abstrait qu’il m’avait livré au lieu de discuter inutile-
ment de ma personne.

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Rédigé par Agnès

Publié le 26 Février 2019

La force du silence - page 55 - le cognement de l'esprit - nous aimons ou haïssons ceux qui sont les reflets de nous-mêmes

Il y eut un silence prolongé. Je n’avais rien à dire.
Plutôt que de laisser mourir la conversation, je dis la
première chose qui me passa par l’esprit. Je dis que je
m’étais fait une opinion très positive du nagual Elias,
d’après les histoires que j’avais entendues à son sujet.
J’aimais le nagual Elias, mais, pour des raisons que
j’ignorais, tout ce que don Juan m’avait dit du nagual
Julian me gênait.

La seule mention de mon malaise ravit démesuré-
ment don Juan. Il dut se lever de sa chaise pour ne
pas étouffer de rire. Il mit son bras sur mon épaule
et me dit que nous aimions ou haïssions ceux qui
étaient des reflets de nous-mêmes.

À nouveau, une timidité stupide m’empêcha de lui
demander ce qu'il entendait par là. Don Juan conti-
nua à rire, manifestement conscient de mon humeur.
Il dit finalement que le nagual Julian était pareil à un
enfant dont la sobriété et la modération venaient tou-
jours de l’extérieur. Il n’avait pas de discipline intérieure au-delà de sa formation d’apprenti en sorcellerie.

J’éprouvai un besoin pressant et irrationnel de me
défendre. Je dis à don Juan que ma discipline prove-
nait de l’intérieur de moi-même.

« Bien sûr, dit-il avec condescendance. Tu ne peux
pas t’attendre à lui ressembler exactement, » Et il
recommença à rire

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Rédigé par Agnès